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07/04/2020

Le point de vue de Boris CYRULNIK

Le célèbre neurologue, psychiatre, éthologue et psychanalyste français Boris Cyrulnik est aussi le spécialiste du concept de résilience, faisant référence à notre capacité d’adaptation face à un traumatisme. Dans un passionnant entretien à France Inter le 16 mars dernier, il nous expliquait : « on doit s’adapter à une agression invisible. L’évolution humaine ne se fait que par crises. Après cette crise, la famille et le couple redeviendront des havres de paix. Les crises sont très fréquentes dans la condition humaine. Il y a eu des périodes de glaciation où il a fallu s’adapter en augmentant la chasse. Et pendant les périodes de réchauffement, il a fallu augmenter l’agriculture. On a déjà connu beaucoup d’épidémies qui ont contraint à des révolutions culturelles, à de l’adaptation. A ceux qui s’inquiètent pour leur travail, leur famille, leurs enfants, je leur dis qu’il faut s’inquiéter de façon à prendre les mesures de protection. Si on les respecte, l’inquiétude va diminuer. Quand l’épidémie sera terminée, on constatera que l’on aura dépoussiéré d’anciennes valeurs qui nous serviront à mettre au point une nouvelle manière de vivre ensemble. A chaque épidémie, ou catastrophe naturelle, il y a eu changement culturel. Après le trauma, on est obligé de découvrir de nouvelles règles, de nouvelles manières de vivre ensemble. Au Moyen-âge, on n’avait pas compris qu’il fallait mettre en place le confinement : les gens infectés fuyaient emportant avec eux le bacille. Et en Europe, deux ans après l’épidémie de peste de 1348, un Européen sur deux avait disparu. Quand l’épidémie s’est arrêtée, les valeurs sociales avaient complètement changé. On avait découvert les arts de la maison. Auparavant l’art était essentiellement religieux. On a vu apparaître le gibier et les fruits peints délicatement, les tapis sous les tables.  Demain, avec la lecture, la cuisine va prendre plus d’importance, alors qu’auparavant, on mangeait sur le pouce de la nourriture industrielle. On va plus écouter la radio, de la musique. On va s’adapter en effectuant un repli sur soi, on va retrouver les valeurs de nos grands-parents. »

 

Suite à la crise mondiale du covid-19, conséquence selon lui des effets de la mondialisation et de la quête de surperformance, trois axes d’intervention devraient prendre selon son analyse le relais. L’action et l’affectation deviendront des tranquillisants purement naturels à associer à la réflexion, volet plus méditatif. En suivant ce cheminement vers la liberté, à une heure où déjà, l’impératif sanitaire supplante la priorité économique, deux schémas de pensée pourraient s’affronter pos-confinement. Ceux qui militeront pour un changement drastique y verront la seule solution pour éviter de vivre à nouveau de telles situations quand ceux qui n’auront pas vécu le même choc souhaiteront poursuivre le projet classique qui peut rassurer.